La durabilité dans un contexte de compressions : les conséquences pour la SRC/CBC et pour nous

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par Merrie Klazek, Thunder Bay Symphony Orchestra

Je ne serais pas surprise d’apprendre que Chris Boyce et Marc Steinmetz de la SRC/CBC ont hésité avant d’entrer dans la salle de conférence du Hyatt Regency en août dernier : ils venaient expliquer aux représentants de l’OMOSC de partout au pays pourquoi les captations feront bientôt partie de nos lointains souve- nirs. C’est d’ailleurs déjà le cas pour la plupart d’entre nous. Pour eux, c’était un peu comme se jeter dans la fosse aux lions et, pour cela, je leur lève mon chapeau! En effet, ils ont su affronter la tempête et se sont employés à préciser comment ils avaient l’intention de soutenir la SRC/CBC en dépit des importantes compressions imposées par le gouvernement.

 

En ce qui a trait aux changements majeurs surve- nus au cours des dernières années dans la programmation et l’attribution des fonds, nos inquiétudes en tant que musiciens sont variées et sérieuses. Comme en toute chose qui nous est précieuse, nous devenons passionnés et émotifs quand nous avons l’occasion d’exprimer au pouvoir en place notre perception des pertes que nous sommes en train de vivre. Comme auditeurs, nous connaissons une perte de la programmation d’une musique classique de qualité; comme musiciens qui tentent de subvenir à leurs besoins, nous perdons des revenus de diffusion; comme Canadiens, nous subissons une perte de ce que nous considérions comme un instrument de liaison entre les orchestres de partout au pays qui nous permettait d’entrevoir les activités de nos collègues. Je crois que ces pertes sont réelles, mais un changement est inévitable et toutes les parties s’entendraient sans doute pour dire que la situation n’est pas idéale. Le but de la présentation des dirigeants de la SRC/CBC n’était pas tant de répondre à nos questions chargées d’émo- tion que de donner un aperçu des nouvelles orienta- tions de la société d’État. Je vous propose une vue d’ensemble des principaux points abordés, données chiffrées à l’appui, mais je ne pourrai pas m’empêcher de prendre position : à certains égards, je considère qu’ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain! Le fait de s’adapter aux nouvelles tendances est une stratégie d’affaires intelligente, mais dans le cas qui nous occupe, l’adaptation s’apparente à un désastre.

Chaque année nous amène un nouveau budget, et il est évident que la SRC/CBC ne s’attend pas à des augmentations de subventions de la part du présent gouvernement. Le licenciement de plus d’une douzaine de techniciens et de réalisateurs de même que la fermeture de nombreuses stations d’un bout à l’autre du pays n’ont pas semblé suffire à combler le manque de fonds. Les dirigeants ont donc décidé de tabler sur la publicité comme source de financement, tout en imposant des compressions sévères dans la diffusion de musique en direct. Ces deux concepts laissent un goût amer aux musiciens, eux qui ont longtemps cru que la société d’État était un partenaire sur lequel ils pouvaient compter pour présenter aux Canadiens le fruit d’un effort commun. Cette complicité est désormais chose du passé.

La réduction du nombre d’unités mobiles se traduit en économies de millions de dollars pour la société de radiodiffusion. MM. Boyce et Steinmetz nous ont entretenus des avantages de la technologie portable, et donc moins coûteuse, qui entre dans une camionnette plutôt que de nécessiter un gros autobus. Ils nous ont assurés que ce n’était pas la fin des captations, mais nous comprenons que c’est la fin des captations telles que nous les avons connues. Ce qui leur reste de budget d’enregistrement, ils veulent le consacrer à des événements exceptionnels sur le plan des programmes et des interprétations, et dans lesquels ils joueraient davantage un rôle de «producteur-créateur » que de simples diffuseurs. L’irritant, c’est qu’ils manifestent peu d’intérêt pour la musique elle- même et qu’ils semblent s’être mis dans la tête qu’ils peuvent la rendre plus intéressante, voire passionnante pour les auditeurs s’ils sont eux-mêmes les instigateurs des projets. Pour ma part, je ne vois rien de plus passionnant que la diffusion d’une magistrale interprétation d’une symphonie de Brahms qui vous pousse à vous garer au bord de la route pour mieux l’écouter. Il apparaît que, à l’avenir, si nous sommes engagés par la src/cbc, ce sera pour un concert d’une nature très particulière à laquelle la société veut être identifiée, impliquant une collaboration et « un caractère attrayant par sa modernité et sa pertinence ». Si telle est leur position, je remets en question leur emploi répété du mot « conservateur » – qu’ils utilisent dans le sens muséologique du terme – pour définir leur rôle; en fait, ce rôle est temporaire par définition, et c’est pourquoi le conservateur doit respecter l’histoire et les origines d’une organisation, tout en présentant les choses sous un nouvel angle. Je comprends par ailleurs que des changements s’imposent, puisque plus de la moitié du budget de la src /cbc était consacrée aux captations avant les compressions, ce qui ne correspondait pas à la demande. Voici quelques statistiques : l’an dernier, 230 concerts ont été enregistrés, cette année moins de 100; l’an dernier, 30 concerts d’orchestre ont été enregistrés, cette année moins de 5. En passant, la Société avait conclu une entente relative aux captations avec la Canadian Opera Company qui avait alors fait des compromis sur les conditions. Cette entente n’a pas été reconduite parce que les nouvelles offres étaient inférieures à celles de la saison dernière, et aucun des syndicats concernés ne pouvait y souscrire. Quant à la publicité, c’est sans doute une autre pente glissante puisque la Société n’aura pas grand pouvoir sur son contenu. Les changements à cet égard dépendront de l’issue de l’audience du crtc pour le renouvellement des licences qui aura lieu ce mois-ci.

La perte d’une programmation de musique clas- sique de qualité nous touche tous personnellement. Interrogés à ce sujet et sur le nivellement par le bas du peu de musique classique qui reste, MM. Boyce et Steinmetz répondent en s’appuyant sur un sondage ipsos selon lequel la consommation de musique aurait connu un changement radical avec la fragmentation des auditoires. Ils parlent de leur produit comme étant unique en ce que les auditeurs ont accès à un répertoire que nulle autre station de radiodiffusion ne présente. Ma perception est bien différente : j’ai parfois le sentiment que la SRC/CBC s’est emparée d’une des niches qui résultent de la fragmentation et a tout modifié en conséquence.

Cependant, des études effectuées et des efforts déployés, il ressort des éléments positifs qui m’en- thousiasment réellement. Par exemple, les radio- fréquences terriennes étant saturées, un virage vers l’Internet s’imposait comme prochaine étape. C’est ainsi qu’est né CBC Music. Ce service vous permet d’écouter en tout temps la musique que vous aimez. Lancé en février dernier, CBC Music a reçu un accueil très favorable. Les internautes peuvent y créer leur propre profil à partir de leurs genres et interprètes préférés. L’idée est de constituer, dans cette radio dif- fusée gratuitement sur Internet, des communautés dynamiques autour des différents genres de mu- siques, et ce, au moyen de vidéos, de musique enre- gistrée, de concerts et de listes de diffusion. La page de musique classique me paraît du plus grand intérêt pour les musiciens : elle accueille 10 chaînes de mu- sique classique «programmée par des experts», de même que des concerts en direct sur demande. Fait intéressant, la direction nous a annoncé que la mu- sique classique avait fait l’objet du plus grand nombre de connexions depuis la création du site. Mieux encore : on y trouve un volet pour les artistes qui permet de s’inscrire en tant qu’auditeur ou musicien. Dans la page destinée aux musiciens, vous pouvez créer un profil contenant des enregistrements, des vidéos, des liens avec des profils de vos admirateurs, des calendriers de vos concerts, des liens avec n’importe quel fichier balado ou vidéo de cbc Music auquel vous auriez participé, et plus encore. Plusieurs orchestres sont déjà inscrits, et je dois dire que c’est très convivial, même pour une néophyte comme moi. Je vous recommande d’en discuter avec votre administration afin de créer ou d’améliorer et mettre à jour le profil de votre orchestre sur ce média. Enfin, au milieu des déceptions liées aux changements dans les captations et la radio en général, rien ne nous empêche de faire preuve d’authenticité dans l’exercice de notre art et, en tirant le meilleur parti des tribunes existantes, de susciter l’enthousiasme autour de la musique classique.

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